En Chine, le culte de Mao séduit une nouvelle génération de jeunes
Cinquante ans après sa mort, Mao Zedong fascine une nouvelle génération de Chinois, de plus en plus nombreux à visiter son village natal de Shaoshan. Entre quête de repères et nostalgie d'une société plus égalitaire, cette image idéalisée est aussi entretenue par le régime.
Cinquante ans après sa mort, Mao Zedong fascine une nouvelle génération de Chinois. De plus en plus de jeunes visitent son village natal de Shaoshan, dans la province du Hunan, transformant le lieu en véritable lieu de pèlerinage. Ce phénomène témoigne d'une quête de repères dans une société en mutation rapide, mais aussi d'une nostalgie pour une époque perçue comme plus égalitaire.
Les visiteurs interrogés sur place expriment un regard nuancé sur l'ancien président chinois. L'un d'eux résume cette position ambivalente : « Il y a 70 % de bon et 30 % de mauvais ». Cette formule, souvent entendue dans la bouche des jeunes pèlerins, illustre la manière dont la mémoire historique se recompose au sein des nouvelles générations, loin des condamnations radicales comme des célébrations sans réserve.
Le régime communiste entretient activement cette image idéalisée du fondateur de la République populaire. Les crimes du maoïsme, notamment les grandes famines et les excès de la Révolution culturelle, s'effacent progressivement des mémoires officielles. À l'inverse, la figure de Mao est mobilisée comme symbole d'unité nationale et de fierté patriotique, dans un contexte où le Parti communiste cherche à renforcer son emprise idéologique sur la jeunesse.
Ce culte croissant s'inscrit dans un mouvement plus large de redécouverte du passé révolutionnaire. Pour de nombreux jeunes Chinois, Mao représente une figure de stabilité et de puissance dans un monde perçu comme incertain. La nostalgie d'une société plus égalitaire, où les écarts de richesse étaient moins visibles qu'aujourd'hui, nourrit également cet engouement.
Les autorités locales de Shaoshan ont d'ailleurs investi massivement dans les infrastructures touristiques pour accueillir ce flux croissant de visiteurs. Statues, musées et boutiques de souvenirs se multiplient autour de la maison natale de Mao, transformant le village en véritable centre de commémoration. Cette attractivité touristique sert à la fois la mémoire officielle et le développement économique régional.
Ce phénomène interroge sur la transmission de l'histoire en Chine. Alors que les témoins directs de l'époque maoïste disparaissent, la mémoire se construit de plus en plus à travers les récits officiels et les représentations médiatiques. La complexité historique laisse place à une figure simplifiée, érigée en symbole de la grandeur nationale, au détriment d'une compréhension plus complète des zones d'ombre de cette période.
