Saxe-Anhalt : une victoire de l’AfD inquiète les spécialistes de l’extrême droite
Le scrutin régional du 6 septembre en Saxe-Anhalt pourrait voir l’AfD remporter le gouvernement, une première pour l’extrême droite en Allemagne depuis 1945. Deux experts alertent sur la rupture historique que représenterait cette victoire et sur l’avenir du cordon sanitaire politique en Europe.
La probable victoire du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) lors de l’élection régionale du 6 septembre en Saxe-Anhalt marquerait un tournant inédit dans l’histoire politique allemande et européenne, alertent deux spécialistes de l’extrême droite. Un gouvernement dirigé par ce parti dans ce Land de l’ancienne République démocratique allemande constituerait « une rupture dans l’histoire de l’Europe », soulignent-ils, en raison du retour au pouvoir d’un courant nationaliste radical dans un pays hanté par son passé.
La Saxe-Anhalt, région de l’ex-RDA où l’AfD est arrivée en tête des intentions de vote, pourrait ainsi devenir le premier Land allemand à être gouverné par un parti classé à l’extrême droite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les observateurs y voient le signe d’un affaiblissement du « cordon sanitaire » que les partis démocratiques allemands ont maintenu autour de cette formation depuis sa création en 2013. Ce barrage, fondé sur le refus de toute coalition avec l’AfD, est un pilier de la culture politique de la République fédérale, héritée de la confrontation avec le nazisme.
Les deux experts interrogés rappellent que l’AfD, fondée comme un parti eurosceptique, a glissé vers des positions radicales sur l’immigration, l’identité nationale et la mémoire historique. Sa montée en puissance dans les Länder de l’Est, où elle capte une partie de l’électorat mécontent de la transition post-communiste, s’est accompagnée d’une normalisation progressive de son discours. Une victoire en Saxe-Anhalt, même sans majorité absolue, obligerait les autres partis à redéfinir leurs alliances et pourrait fragiliser les digues démocratiques dans le reste du pays.
Les conséquences dépasseraient les frontières allemandes. En Europe, où plusieurs pays connaissent une poussée des partis nationalistes, l’arrivée de l’AfD à la tête d’un gouvernement régional serait perçue comme un précédent. Elle donnerait des arguments aux formations similaires en France, en Italie ou aux Pays-Bas, tout en compliquant la coopération au sein de l’Union européenne sur des dossiers sensibles comme la politique migratoire ou les règles budgétaires. Les spécialistes notent que la République fédérale, moteur de l’intégration européenne, a longtemps servi de rempart contre l’extrême droite sur le continent.
Le scrutin du 6 septembre intervient dans un contexte de fragmentation politique allemande. La coalition gouvernementale dirigée par le chancelier, affaiblie par des dissensions internes, peine à endiguer la progression de l’AfD dans les sondages nationaux. En Saxe-Anhalt, les partis traditionnels, notamment la CDU et le SPD, tentent de mobiliser leurs électeurs autour de l’enjeu du cordon sanitaire, mais les enquêtes d’opinion indiquent que l’AfD pourrait obtenir entre 28 et 32 % des voix, devançant ses rivaux.
Les spécialistes insistent sur la dimension historique du scrutin : jamais depuis 1945 un parti d’extrême droite n’a exercé le pouvoir exécutif dans un Land allemand. Même si l’AfD ne disposait pas d’une majorité absolue, sa capacité à former un gouvernement minoritaire ou à imposer ses thèmes à la coalition adverse changerait durablement l’équilibre politique régional. La question de la participation de l’AfD à des exécutifs locaux, déjà expérimentée dans certaines communes de l’Est, se poserait avec une acuité nouvelle.
Les observateurs soulignent également que la Saxe-Anhalt, région marquée par un faible dynamisme économique et un sentiment d’abandon après la réunification, illustre les fractures entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne. L’AfD y prospère sur un terreau de défiance envers les élites de Berlin et les institutions européennes. Une victoire dans ce Land enverrait un signal puissant aux autres régions de l’ex-RDA, où le parti est déjà solidement implanté, et pourrait redessiner la carte politique allemande avant les prochaines élections fédérales.
